Partie I — Les fondements du marketing
Chapitre 2 — Le marché et son environnement
9 min · 16 leçons · 3 schémas · 2 questions
Introduction
Une fois compris ce qu'est le marketing, il faut comprendre le terrain sur lequel il s'exerce : le marché. Ce mot, d'usage courant, recouvre une réalité précise qu'il faut savoir analyser méthodiquement. Ce chapitre présente les outils classiques pour cartographier un marché, mesurer sa taille, comprendre les forces qui s'y exercent et anticiper les évolutions de l'environnement plus large. Ces cadres ne sont pas des exercices d'école : ce sont les instruments avec lesquels on décide où jouer et comment se préparer.
2.1 Qu'est-ce qu'un marché ?
En économie, le marché désigne le lieu — physique ou abstrait — où se rencontrent une offre et une demande pour fixer un prix. En marketing, on adopte une définition plus opérationnelle et centrée sur les personnes : un marché est l'ensemble des acheteurs réels et potentiels d'un produit ou d'un service. Ce déplacement de focale, des produits vers les personnes, est caractéristique de la pensée marketing : on ne raisonne pas « le marché du café » comme une masse de tasses, mais comme l'ensemble des buveurs de café, actuels et possibles, avec leurs besoins variés.
2.1 Qu'est-ce qu'un marché ?
Cette définition par les personnes permet de distinguer plusieurs niveaux de marché, du plus large au plus concret. Les nommer avec précision évite les raisonnements flous où l'on confond le potentiel théorique et la réalité accessible.
- Le marché potentiel : l'ensemble des personnes qui pourraient un jour être intéressées par l'offre, indépendamment de leur capacité à l'acheter.
- Le marché disponible : la part du potentiel qui a à la fois le besoin, le pouvoir d'achat et l'accès à l'offre.
- Le marché desservi : la part du marché disponible que l'entreprise choisit et parvient à servir effectivement.
- Le marché pénétré : la part que l'entreprise détient réellement face à ses concurrents — sa part de marché.
2.2 Dimensionner un marché : TAM, SAM, SOM
Le vocabulaire moderne, popularisé par le monde des start-up et de l'investissement, formalise ces niveaux par trois sigles devenus incontournables. Les comprendre est indispensable pour évaluer une opportunité ou présenter un projet de façon crédible.
SAM (Serviceable Available Market) : la part du TAM réellement servable compte tenu de l'offre, de la zone géographique, de la langue, du canal.
2.2 Dimensionner un marché : TAM, SAM, SOM
SOM (Serviceable Obtainable Market) : la part du SAM réellement atteignable à court et moyen terme, compte tenu des moyens et de la concurrence. C'est le seul chiffre sur lequel on fixe des objectifs.
Formule mnémotechnique : le TAM impressionne l'investisseur, le SOM pilote l'entrepreneur.
L'erreur la plus fréquente du débutant — et de bien des présentations de projet — consiste à ne raisonner qu'en TAM. « Le marché mondial de telle catégorie pèse des dizaines de milliards » : ce chiffre est vrai, spectaculaire, et stratégiquement inutile. Aucune entreprise ne capte 100% d'un marché mondial. Ce qui compte pour agir, c'est le SOM : combien de clients puis-je réellement signer dans les douze prochains mois, sur ma zone, avec mes moyens, face à mes concurrents ? Un plan bâti sur le TAM est un château de sable ; un plan bâti sur le SOM est exécutable.
2.2 Dimensionner un marché : TAM, SAM, SOM
Exemple — Une salle de sport de quartier
Une salle de sport qui ouvre dans un quartier raisonne souvent mal en disant « le marché du fitness pèse des milliards ». Le bon découpage : TAM = tous les pratiquants potentiels de la ville ; SAM = ceux qui habitent ou travaillent dans un rayon raisonnable autour de la salle (au-delà, ils n'y viendront pas) ; SOM = ceux qu'elle peut réellement capter face aux deux autres salles déjà installées dans ce périmètre, soit quelques centaines de personnes. C'est ce dernier chiffre, et lui seul, qui doit dimensionner les objectifs d'abonnements, le loyer supportable et le budget de lancement.
Schéma · TAM, SAM, SOM
Du marché total théorique à la part réellement atteignable.
2.3 Les cinq forces concurrentielles de Porter
Pour évaluer l'attractivité — c'est-à-dire la rentabilité potentielle — d'un marché, le cadre le plus célèbre est celui des cinq forces, proposé par Michael Porter, professeur à Harvard, en 1979. Son intuition fondatrice : la rentabilité d'un secteur ne dépend pas seulement de la rivalité entre concurrents directs, mais de cinq pressions qui, ensemble, déterminent combien de valeur les entreprises du secteur peuvent capter. Plus ces forces sont intenses, plus les marges sont comprimées.
- L'intensité de la rivalité entre concurrents : plus les concurrents sont nombreux, comparables et agressifs, plus ils se livrent une guerre de prix qui érode les marges de tous.
- La menace des nouveaux entrants : si entrer sur le marché est facile (faibles barrières), de nouveaux acteurs affluent dès que le secteur est rentable, et cassent les prix.
- La menace des produits de substitution : une solution différente qui répond au même besoin (le train face à l'avion, la visioconférence face au déplacement) plafonne les prix qu'on peut pratiquer.
- Le pouvoir de négociation des fournisseurs : si les fournisseurs sont peu nombreux ou détiennent une ressource rare, ils imposent leurs conditions et captent une part de la valeur.
- Le pouvoir de négociation des clients : si les clients sont concentrés, bien informés ou peu fidèles, ils tirent les prix vers le bas et exigent toujours plus.
2.3 Les cinq forces concurrentielles de Porter
Étude de cas — Pourquoi le secteur aérien gagne peu et le logiciel beaucoup
Vérifions — question 1/2
Dans le triptyque TAM / SAM / SOM, le SAM désigne…
2.3 Les cinq forces concurrentielles de Porter
Le cas du transport aérien
Appliquons les cinq forces à l'aviation civile. Rivalité : extrême — des dizaines de compagnies se disputent les mêmes lignes à coups de prix. Nouveaux entrants : facilités par la libéralisation, de nouvelles compagnies à bas coûts surgissent régulièrement. Substituts : réels et nombreux — le train à grande vitesse sur les courtes distances, la visioconférence pour les voyages d'affaires. Pouvoir des fournisseurs : très fort — seulement deux grands avionneurs, des aéroports en situation de monopole local, des syndicats puissants, un carburant dont le prix échappe aux compagnies. Pouvoir des clients : élevé — le voyageur compare les prix en quelques secondes et choisit le moins cher. Bilan : cinq forces fortes. Résultat logique : un secteur où les marges sont historiquement faibles, ponctué de faillites, malgré des chiffres d'affaires colossaux.
2.3 Les cinq forces concurrentielles de Porter
Le cas de l'éditeur de logiciel
Prenons à l'inverse un éditeur de logiciel professionnel bien installé chez ses clients. Rivalité : modérée si le produit est différencié. Nouveaux entrants : freinés par le coût de développement et la difficulté de déloger un logiciel déjà intégré. Substituts : peu immédiats une fois le client équipé. Pouvoir des fournisseurs : faible — les « matières premières » sont du code et du serveur. Pouvoir des clients : limité — changer de logiciel coûte cher en temps et en formation, le client est « captif ». Bilan : forces faibles, coût de production marginal quasi nul. Résultat : des marges parmi les plus élevées de l'économie.
2.3 Les cinq forces concurrentielles de Porter
La leçon
Deux secteurs, deux destins de rentabilité, expliqués non par le talent des dirigeants mais par la structure des forces. Avant de se lancer, mieux vaut comprendre quelles forces s'exerceront sur soi : on peut alors choisir un positionnement qui réduit son exposition (créer des coûts de changement pour fidéliser, se différencier pour échapper à la guerre des prix, sécuriser ses fournisseurs). La structure n'est pas une fatalité, mais on ne la combat bien que si on l'a vue.
Schéma · Les 5 forces de Porter
La rivalité centrale est alimentée par quatre pressions.
2.4 L'environnement large : l'analyse PESTEL
Au-delà du marché immédiat et de ses acteurs, des forces de fond — sociales, technologiques, réglementaires — façonnent lentement les opportunités et les menaces. L'entreprise ne les contrôle pas, mais elle a tout intérêt à les anticiper. L'acronyme PESTEL regroupe ces forces macro-environnementales en six familles, et sert de grille de veille systématique.
Lettre
Dimension
Exemples de facteurs
Impact possible
P
Politique
Réglementation, stabilité, politiques publiques, fiscalité
Ouvre ou ferme des marchés
E
Économique
Pouvoir d'achat, inflation, taux d'intérêt, chômage
2.4 L'environnement large : l'analyse PESTEL
Modifie la demande solvable
S
Socioculturel
Démographie, modes de vie, valeurs, vieillissement
Fait émerger des besoins nouveaux
T
Technologique
Innovations, automatisation, intelligence artificielle
Crée ou détruit des offres
E
Écologique
Climat, normes vertes, attentes environnementales
Impose des contraintes et des opportunités
L
Légal
Droit du travail, normes produit, protection des données
Encadre les pratiques
L'intérêt de PESTEL est l'anticipation. Une entreprise attentive aux tendances socioculturelles (le vieillissement de la population, l'essor du télétravail, la quête de sens) ou technologiques (l'automatisation, l'intelligence artificielle) repère les besoins de demain avant ses concurrents et conçoit l'offre qui y répondra. À l'inverse, ignorer ces forces expose à être pris de court par un changement réglementaire, une rupture technologique ou un basculement des attentes sociales.
2.4 L'environnement large : l'analyse PESTEL
Exemple — Une tendance socioculturelle qui crée un marché
La montée de l'attention portée au bien-être et à la santé (tendance socioculturelle) a fait émerger en quelques années des marchés entiers : alimentation saine, applications de méditation, coaching sportif personnalisé, équipements de sport à domicile. Aucune entreprise n'a « créé » le besoin de se sentir bien — il est ancien. Mais celles qui ont lu la tendance tôt ont façonné les désirs et capté la demande avant les autres. Lire PESTEL, c'est se donner une longueur d'avance sur la forme que prendront les besoins.
2.4 L'environnement large : l'analyse PESTEL
Exercice corrigé 3 — Diagnostiquer un marché avec Porter et PESTEL
Énoncé : un artisan plombier installé seul dans une zone urbaine. Identifier les forces de Porter dominantes et une tendance PESTEL à exploiter, puis en tirer une décision.
Corrigé
Cinq forces : la rivalité est vive (beaucoup d'artisans comparables sur la zone) ; le pouvoir des clients est modéré (ils comparent mais ont besoin d'une intervention rapide) ; les substituts sont faibles (on ne remplace pas un plombier). La pression vient surtout de la rivalité.
PESTEL : la tendance technologique (généralisation des outils numériques de contact) crée une attente de réactivité immédiate — celui qui répond vite gagne le client que les autres laissent filer.
2.4 L'environnement large : l'analyse PESTEL
Décision : plutôt que de baisser ses prix pour affronter la rivalité (guerre perdante), l'artisan se différencie par la disponibilité et la réactivité — répondre vite, confirmer l'intervention, rassurer. L'analyse débouche sur un avantage concurrentiel concret et défendable, dicté par la structure du marché et l'évolution des attentes.
Vérifions — question 2/2
L'analyse PESTEL sert à étudier…
Schéma · L'analyse PESTEL
Les six dimensions du macro-environnement.